Depuis le 12 janvier, la peine submerge l’âme celui qui penserait se promener au Bel-Air pour contempler la beauté de ce quartier. Les immeubles et institutions importants qui ont fait toute sa valeur et sa gloire ne sont que des amas de bétons. La majorité des institutions de référence de la zone ne se résument qu’en des amas de bétons sous lesquels puent plusieurs centaines de corps d’intelligents et courageux habitants de leur vivant.
La maison de Franketienne à l’angle des rues tiremasse et Docteur Aubry a cédé. Le toit fait désormais corps avec le sol. C’est d’ailleurs le cas de beaucoup d’autres bâtiments comme la fameuse église de St Jean Bosco, Perpétuelle Secours. Les Sœurs de ce dernier bâtiment n’ont pas survécu elles non plus. Dix jours après, on sent leur odeur gagner les environs de l’église. Certains corps retrouvés ont dû être inhumé dans la cour de l’église.
L’Asile communale de la rue St Martin a été saccagé et la situation des malades déjà inacceptables s’est empirée. Ils dorment désormais à la belle étoile sans tentes. Le Directeur de l’Asile, Monsieur Benjamin Maurancy affirme qu’après plusieurs jours du séisme, « l’institution n’a rien reçu du gouvernement ».
La fameuse cathédrale de Port-au-Prince n’est plus. D’ailleurs, les funérailles du Monseigneur Serge Miot ont du être chantées dans la rue devant l’enceinte de l’église où des corps sans vie se désagrègent et commencent déjà à attirer les chiens, rats et autres rongeurs . La probabilité de la peste est imminente à Port-au-Prince.
Les Collège St Martial, lycée Pétion, Armée du Salut, lycée Daniel Fignolé ont fortement été frappés. Les rares écoles qui ont tenu sont fissurées de toutes parts et la prudence invite à ne pas s’y aventurer. Le gouvernement haïtien entrevoit d’ailleurs de rouvrir l’école dans les meilleurs délais mais sous des tentes.
Presque toute la Grand rue (Boulevard Jean Jacques Dessalines) est détruite. Les rares bâtiments debout n’attendent qu’une secousse minimale pour s’affaisser et la senteur des corps des marchands empestent.
Plusieurs milliers de personnes vivent dĂ©sormais au Bel-Air sous des tentes de fortunes. La pluie les menace presque chaque jour. Ainsi, le traumatisme ne cesse de grandir tout en faisant place Ă des rumeurs de toutes sortes: occupation amĂ©ricaine, frappĂ©e par une arme nuclĂ©aire, volontĂ©s des grandes puissances de venir s’accaparer de nos richesses souterraines et sous-marines entre autres. Et tout ce qui prĂ©cede, semble n’ĂŞtre que le sommet de l’iceberg. Plusieurs milliers de prisonniers se sont Ă©vadĂ©s des centres carcĂ©raux et la population se dit inquiète d’un retour aux guerres dĂ©vastatrices entre quartiers. « Mon quartier n’est plus sur comme avant. Certains Ă©vadĂ©s de prisons sont revenus reprendre leur place » affirme l’air triste un habitant de Fort Touron venu se rĂ©fugier dans le camp de Viva Rio sur au boulevard Jean Jacques Dessalines. Valmir Fachini, un coordonnateur de projet de Viva Rio confirme que la situation commence Ă s’aggraver aux environs des locaux de Viva Rio. « J’entends des tirs nourris au bas de la ville » confie-t-il.
Les forces de l’ordre ont promis que la situation va s’améliorer et qu’une prise en charge systématique sera mise en œuvre depuis la fin de la semaine dernière. Une telle annonce ne peut être que réjouissante pour ces tas de familles qui vivent dans les quatre coins de la capitale et qui ne peuvent s’approvisionner qu’au centre-ville. Une résidente de Delmas rentre chez elle en pleurant le vendredi de la semaine dernière et enjoint à tout ce qu’elle rencontre de rentrer eux aussi chez eux car la situation est catastrophique en ville. « Rentre chez toi, les bandits ont investi le centre ville. S’aventurer en ville c’est aller tout simplement chercher sa mort certaine » me confie-t-elle, les larmes aux yeux.



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